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Rencontre avec Olivier Frapolli, parrain de Win Sport School Laval et entraineur du Stade Lavallois MFC

Jeudi 12 octobre, nous avons reçu Olivier Frapolli, coach de l’équipe de football du Stade Lavallois Mayenne Football Club au sein de notre école Win Sport School Laval. Olivier Frapolli est également devenu le parrain de notre école de management du sport. L’occasion pour nos étudiants d’échanger avec lui sur les performances de son club, tout en faisant des parallèles avec le milieu de l’entreprise.

 

En ce début de saison, votre performance sportive va un peu au-delà de ce que vous auriez pu espérer lors de votre préparation. Quel est l’impact au sein du club ? 

C’est ce qu’il y a de magique dans le sport. On ne sait jamais où cela peut nous emmener. Nous pouvons avoir des mauvaises surprises, comme des très bonnes. J’ai vu dans les médias que nous étions le seul club d’Europe, premier d’un championnat majeur à avoir une série de 6 victoires. La performance est donc assez incroyable. Maintenant, il faut prendre du recul sur ce que nous sommes en train de vivre. Depuis notre changement de président en 2021, nous avons défini un cap, et la direction que nous souhaitions prendre. Cela ne concerne pas uniquement l’aspect sportif. Certaines valeurs qui dépassent le monde du sport, sont pour nous toutes aussi importantes à défendre. C’est sans doute cela qui nous permet de nous différencier des autres clubs professionnels, qui n’ont que l’aspect économique comme modèle. Notre club a une réalité économique et sportive. Le projet sportif n’a de crédibilité que s’il y a une réussite sportive. A côté de cela, nous développons d’autres choses qui nous ont permis de traverser les périodes difficiles. Toutes ces actions nous ont permis d’avoir les résultats que nous avons aujourd’hui. Ce n’est pas le fruit du hasard. Pour moi, il y a une différence entre les objectifs et le projet que nous portons. Les objectifs peuvent être fluctuants, mais le projet doit toujours rester le même. La réussite de notre équipe, est la réussite du projet que nous avons su écrire et qui est porté par le président et tous les acteurs du club depuis 3 ans maintenant.

 

Il y a une forme de stabilité au sein du Stade Lavallois entre la présidence et le personnel, dont vous faites partie. Est-ce agréable ? 

Vous avez raison. J’évolue dans un environnement qui est « pressurisant », incertain. Il y a la gestion du groupe, du personnel, la gestion médiatique car tout est amplifié. Nous avons l’incertitude des résultats, la gestion de l’environnement club/ dirigeants, direction/ sponsors. Cela rend le travail très instable. Si en plus, le président ajoute de l’instabilité à ma fonction, cela pourrait très vite me faire perdre mes moyens. Mais ce n’est pas le cas. L’année dernière, nous avions une période très difficile avec 7 défaites consécutives. A aucun moment, je n’ai senti de défiance de la part de mon président. Je me suis remis en cause sur ma légitimité, savoir où j’allais pouvoir trouver la solution pour inverser la tendance. J’ai toujours eu le soutien de ma direction. En général, lorsqu’il n’y a pas de résultat, la première chose qu’il se passe est que les supporters ne sont pas contents. Le premier responsable dans tout ça, c’est l’entraineur. Il y a un seuil où, si le président n’agit pas, il devient la cible, ce dont il n’a pas forcément envie. Dans ces cas-là, les conséquences retombent sur l’entraineur. Dans notre structure, nous avons fait un deal : si nous nous trompons, nous nous trompons à trois. Notre force est de se soutenir dans les mauvais moments. Le poste d’entraineur est en général à très court terme. La durée de vie d’un entraineur en ligue 1 est de 14 mois, j’entame ma cinquième saison à Laval. Votre génération va plus avoir l’envie de réussir lorsqu’il y a du sens dans un projet, que simplement quand c’est un ordre ou une mission. Ce qui n’est pas le cas de ma génération. C’est bien de montrer aujourd’hui, que nous pouvons réussir sportivement avec un projet et des valeurs plus importantes.

 

Pensez-vous que votre expérience et ce que vous avez pu vivre notamment l’année dernière, vous a permis d’arriver là où vous en êtes en termes sportifs ?  

Dans mon métier comme dans tous les métiers, nous progressons en avançant. Je ne suis pas le même entraineur que j’étais il y a dix ou quinze ans. J’avais d’autres qualités. Aujourd’hui, j’ai plus de maturité. L’expérience accumulée m’a permis de traverser les crises de façon solide. De savoir ce que je souhaite vraiment et ce que je ne veux plus. C’est un métier qui peut être très dur sur l’aspect émotionnel, impacter votre vie privée. Avec l’âge, j’ai l’impression d’être meilleur et cela joue certainement sur les résultats que nous avons.

 

Comment fonctionne le trinôme que vous formez au sein du club ? 

Dans ce trinôme, nous avons le président Laurent Lairy, l’entraineur et José Ferreira notre secrétaire général, qui est un très grand ami du président depuis plus de vingt ans. Le président ne souhaite pas accumuler les salariés inutilement. Il a la volonté de raccourcir les process de décision, pour être plus efficace, plus réactif. Dans le football, nous jouons tous les week-ends, cela fait que nous sommes en réactivité permanente pour régler tous les problèmes. Il crée autour de lui une bulle de confiance. Les gens dans cette bulle, participent à toutes les décisions du club. Même si ce n’est pas mon rôle, je suis associé à des décisions stratégiques, économiques. Retenez bien que pour réussir, il y aura toujours des endroits où vous serez meilleurs que d’autres. Dans votre évolution professionnelle, il faudra vous poser la question de savoir si dans l’entreprise où vous vous trouvez, vous serez bon. Je suis persuadé qu’il y a des clubs où je ne serai pas bon, parce que ça ne correspond pas à mes valeurs, à ce que j’attends ou à ce que je peux produire. Dans la configuration du club à Laval, je suis pleinement épanoui professionnellement. Je suis certain que ce ne serait pas le cas dans un autre club. Essayez toujours de vous poser la question « est ce que je suis à la bonne place ? ».

 

Quelles sont les valeurs que vous recherchiez, qui font que vous avez choisi Laval ?  

Le président a dressé un projet où il y a l’environnement économique, social, sociétal, sportif. C’est un projet porté quotidiennement. C’est de dire aux joueurs que même s’ils sont joueurs professionnels, il n’y a pas que ça. Nous leur demandons d’être accessibles hors du terrain avec les supporters. Nous sommes très attentifs à cela lors de nos recrutements. Si nous avons un doute sur l’aspect humain, même si le côté sportif est intéressant, le joueur ne sera pas retenu. D’autres valeurs telles que le fair-play, le respect de l’arbitrage sont très importantes pour nous. Nous combattons également toutes les violences dans les tribunes. Le souhait du président serait d’ouvrir les tribunes pour faire en sorte que les supporters des deux équipes puissent être assis les uns à côté des autres. C’est un projet que nous en tant que collaborateurs devons également porter pour que nous puissions avancer et les sportifs sont aussi impliqués dans ces projets.

 

Pouvez-vous nous parler plus spécifiquement de ce projet que vous portez ? 

Par exemple sur les recrutements, nous ne faisons pas passer d’entretien. Nous ne pouvons pas à travers un questionnaire, sentir si le joueur que nous allons recruter va correctement s’acclimater. Cependant, nous menons un travail d’investigation sur les clubs qu’il a fait auparavant. Le foot étant un petit milieu, nous arrivons toujours à connaitre un joueur ou entraineur qu’il a côtoyé. Ce qui nous importe est de savoir si ce futur joueur, lorsqu’il va porter le maillot de l’équipe sera content de le faire et s’il le fera avec brio. Est-ce que c’est un joueur qui sera accessible en dehors du terrain ? Nous prêtons attention aux réseaux sociaux des joueurs, qui sont la vitrine de leur image. Dans beaucoup de clubs, nous ne faisons pas attention à tous ces points. Dans ces clubs ce qui importe le plus est la valeur marchande du joueur.  

 

Avec toutes ces valeurs, comment parvenez vous à permettre l’intégration des jeunes avec le groupe professionnel ? 

Cela fait aussi partie de ce qui est porté par l’ensemble du club. Il y a un président pour la partie associative qui doit être en connexion avec la partie privée. Nous sommes en train de ré-ouvrir notre centre de formation. Nous avions besoin de garder le statut professionnel pour notre centre de formation. C’est pour cette raison que nous devions impérativement nous maintenir en Ligue 2 la saison dernière. Nous sommes dans une année de transition et nous obtiendrons peut-être l’agrément à la fin de la saison. Nous souhaitons avoir un recrutement local, parce qu’il est plus facile de porter les valeurs d’un territoire dont nous sommes issus.

 

Y a-t-il d’autres clubs qui comme vous favorisent le recrutement local de joueurs ? 

Nous nous apercevons de plus en plus que le déracinement de jeunes joueurs devient un fléau. Quand ces jeunes joueurs sont déracinés, ils ne parviennent jamais à réussir puisque l’éloignement avec les proches est trop difficile à supporter. Nous défendons notre territoire et nous avons des valeurs qui nous sont chères. Pour nous, cette façon de faire est la seule possible à Laval. Ce n’est pas sûr que si le club était racheté et avait beaucoup plus d’argent, il deviendrait un meilleur club pour autant. Le club fait partie du territoire. Toutes les villes n’ont pas cette histoire avec leur club. Dans un club comme Laval nous sommes persuadés que ces valeurs sont les bonnes pour réussir. Ces valeurs sont plus faciles à porter si nous les partageons. Ce qui m’intéresse, est de partager et de vivre des émotions. J’ai envie de réussir, mais ce que je vis a plus d’importance pour moi que la réussite professionnelle.

 

Comment faites-vous pour faire fusionner le projet et les objectifs ? 

Mon rôle se situe plutôt dans la partie performance. Même si nous partageons tout avec le président, il ne se mêle jamais de la performance. Lui, va développer le projet qu’il porte, dont nous sommes des représentants. C’est plus facile de représenter quelque chose quand nous sommes habités par la mission. La performance, je la dirige, mais le président reste à mon écoute. Nous avons deux domaines d’actions distincts et nous avançons ensemble dans la même direction. Dans notre organisation, il y a une symbiose indispensable.

 

Comment vivez-vous aujourd’hui la réussite que vous rencontrez avec le Stade Lavallois ? 

En France, nous avons toujours une difficulté avec la réussite. Il y a toujours une culpabilité de savoir si nous sommes légitimes, si cela va durer. Ce n’est pas évident, mais c’est plus sympa d’être dans une situation comme celle-là. Nous continuons à suivre notre objectif. C’est vrai qu’actuellement nous sommes pas mal sollicités médiatiquement. Nous faisons attention à cela. Nous ne répondons pas à toutes les sollicitions, car nous savons que le retour de bâton peut être important. Nous tâchons de gérer cela de façon sereine. Nos joueurs ont aussi les pieds sur terre, il n’y a pas besoin de les rappeler à l’ordre.

 

Quelle est votre opinion sur les fonds d’investissements qui s’intéressent de plus en plus au milieu footballistique ? 

Je ne suis pas un expert de la finance. Chaque projet peut être intéressant. Cela dépend de là où il est implanté, comment il est vécu. Un club n’est pas seulement un objet sportif, il a aussi un rôle sociétal. Il n’y a pas que les résultats. C’est aussi un lieu de rencontre, de convivialité. A chaque match nous réunissons 9 000 personnes et faisons stade plein. Les capitaux étrangers peuvent faire grandir le sport, mais cela doit toujours être maitrisé. Nous pouvons poser la question de savoir : le jour où ces investisseurs se retirent, que va-t-il rester de nos clubs ou de notre sport ?

 

Qu’avez-vous mis en place pour vous permettre d’améliorer vos performances ?

D’abord, il a fallu tirer un constat. L’année dernière, nous étions parvenus à nous maintenir. Mais, il a fallu se dire que si nous reproduisions les mêmes choses, nous risquions cette saison d’avoir le même résultat. Sur le recrutement, nous avons ciblé les postes qui l’année dernière nous avaient semblé poser problème. Il a donc fallu absolument nous renforcer sur ces postes-ci. Nous avons aussi voulu rajeunir l’effectif. Nous avions la moyenne d’âge la plus élevée des deux divisions. Nous avons des problèmes de qualité de terrains, sur lesquels nous avons travaillé. Nous avons refait un terrain, ce qui nous aide à être plus performant au quotidien. Nous avons aussi renforcé le staff, ce qui me permet à moi d’être plus performant en prenant plus de recul. Aujourd’hui, nous fonctionnons comme un club de Ligue 2 moyen, nous ne faisons plus partie des petits clubs. Tout ça me permet d’être plus à l’écoute de mes joueurs. Le sport de haut niveau dépend de beaucoup de détails. Il faut toujours être à la pointe et pour ça il faut des moyens. Là-dessus, le président a été à mon écoute. Même si les résultats de cette saison sont au-delà de nos espérances, nous espérions tout de même avoir de meilleurs résultats que l’année passée.

 

Avec vos résultats actuels, comment faites-vous pour gérer les victoires et le fonctionnement du club ? 

C’est différent puisqu’il faut trouver le bon équilibre entre féliciter les joueurs pour ce qu’ils font et améliorer ce qui peut l’être. Nous faisons beaucoup de feedbacks collectifs, pendant lesquels nous nous disons les choses sans concessions, peu importe le résultat. Cela permet de faire comprendre aux joueurs que ce que nous vivons, est une situation géniale et que si nous souhaitons que cela continue certaines choses restent à améliorer. Cette saison, la première fois que nous avons été sur le podium, je me suis demandé ce que je devais faire de cette information. Fallait-il que j’en parle à mes joueurs ? Pour leur en parler, j’ai utilisé une métaphore en évoquant le tour de France. Je leur ai dit qu’il y avait des coureurs et des équipes favoris qui souvent gagnent la course. Mais sur les premières étapes, ceux qui ont le maillot jaune ne sont jamais les favoris. Les favoris préfèrent être forts sur les derniers moments. Même si aujourd’hui nous avons ce maillot jaune, il faut savoir si nous voulons le rendre, car la responsabilité est trop grande. Ou, est ce que nous souhaitons le garder. Pour le garder, il faut travailler. C’est une façon pour moi d’ancrer les choses, de faire comprendre que même si c’est quelque chose de difficile, nous pouvons le faire.

 

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